Il neige des cendres, signe à la fois tangible et symbolique de la culpabilité collective du village. La « Veuve » n’a pas tenté d’échapper à l’incendie de sa ferme. Mort volontaire peut-être, mais dont chacun sait obscurément qu’elle est la conséquence de la haine envers l' »étrangère », soupçonnée d’avoir tué Julien, son mari, et envoûté Pierre, le jeune fils de Mado et Ulysse Vionnaz. Rien de plus trompeur que l’apparente tranquillité de cette station de ski où Claire Hatier arrive un mois après le drame, pour y oublier un désastre personnel. Derrière ses rideaux, la vieille Hermance épie tout et tous : Pierre, blessé dans sa chair et dans son esprit par la tragédie vécue la nuit du brasier ; Mado et Ulysse, murés dans leur inaptitude à dire les mots de l’apaisement, tandis que rôde l’homme au béret. Claire n’échappera pas aux maléfices cachés de cette « vallée si profonde ». Annie Murat donne avec ce roman – où l’on retrouve certains des personnages du Servan – une nouvelle preuve de son aptitude à saisir l’esprit des lieux et des êtres, à restituer, avec une rare justesse de ton et sans jamais céder au stéréotype « paysan », tout un monde de violences contenues où le poids d’un regard, la précision d’un geste, la prégnance d’une odeur disent plus que le flux verbeux dont s’affublent tant d’émotions citadines.
Née en Haute-Savoie, Annie Murat vit dans les Cévennes. Elle est l’auteur de deux romans dont, chez Stock, Le Servan, paru en 1989.